Avril 2020 - Tendances

Les défis du MaaS

Les habitants des grandes villes n’ont jamais eu autant de moyens de transport à leur disposition : métro, tramway, bus, taxi, VTC, voiture en autopartage, vélo et désormais trottinette électrique. Pour autant, est-ce que les déplacements sont plus simples ? Jongler entre plusieurs applications n’est pas chose aisée. Le MaaS (Mobility as a Service) ambitionne de proposer une solution simple.

 

Carte GPS MaaS

 

Imaginez : une seule application, un seul abonnement pour se déplacer en ville avec tous les moyens de transport disponibles. Un rêve pour beaucoup de citadins qui pourrait devenir bientôt réalité et qui fonctionne déjà dans certaines villes.

Encore au stade expérimental, la mobilité en tant que service (MaaS) représente une évolution qui doit permettre aux urbains de ne plus voir le moyen de transport comme un bien « possédé » (voiture personnelle, vélo personnel, trottinette personnelle, etc.), mais comme un service. Bien sûr, le MaaS s’adresse davantage aux grandes agglomérations et répond à la croissance de la population en zone urbaine en proposant un meilleur partage des moyens de locomotion.

 

La collaboration est essentielle

Une mise en place généralisée du MaaS ne va pas sans défi. La clé est la collaboration. Il appartient aux entreprises et aux gouvernements de travailler ensemble pour proposer aux utilisateurs une offre adaptée à leurs besoins. De nombreuses applications existent déjà. Elles nous renseignent sur les horaires, nous permettent d’acheter un billet de train ou de louer une trottinette. Pour basculer sur un modèle unique, avec une seule application, les fournisseurs de transport doivent être plus ouverts à partager leurs données clients et collaborer entre eux (opérateurs publics et privés) pour fournir un service efficace et complet qui réponde aux attentes des consommateurs.

 

Certaines entreprises sont déjà très présentes sur le marché de la mobilité (Google, Uber, Lime, Transdev, etc.). Elles possèdent un grand nombre d’informations sur leurs clients et des données sur leurs déplacements réguliers permettant de faire une analyse fine des besoins des utilisateurs. À l’heure actuelle, la difficulté est qu’une seule organisation ne peut pas gérer tous les moyens de transport et offrir un trajet intégral à un client. Il est nécessaire de mutualiser les ressources. Si toutes les parties prenantes collaborent, qu’il s’agisse d’un opérateur de transport, du gouvernement, d’une autorité municipale ou d’une entreprise technologique, le MaaS aura gagné son pari.

 

Le défi urbain du MaaS

Autre défi de taille : la connectivité. Il faut un accès stable à Internet dans toutes les régions pour que ces systèmes fonctionnent. Aussi bien pour que les usagers puissent se connecter au service que pour avoir des informations précises sur la flotte de véhicules et l’état du trafic. Les infrastructures réseau en place aujourd’hui dans les villes sont rarement suffisantes pour répondre aux exigences d’un tel service. La bonne nouvelle est que la 5G va bientôt faire son apparition en masse dans nos villes. Les problèmes actuels de connectivité dans certaines zones surpeuplées, dans le métro ou dans les trains seront éliminés grâce aux capacités ultrarapides de cette nouvelle technologie. Si les mégapoles sont les principales cibles des futurs opérateurs de MaaS, les villes moyennes présentent aussi de grandes opportunités à condition qu’elles aient les infrastructures réseau nécessaires. D’un autre côté, le MaaS s’appuie sur d’autres technologies qui sont déjà maîtrisées : Cloud Computing, IA et IoT. Ces technologies permettent de localiser les moyens de transport en temps réel et de fournir instantanément la meilleure combinaison possible en fonction de critères de sélection : trajet le plus rapide, le moins cher, le plus « sportif », etc.

 

L’exemple de Whim

Autre défi, pour mettre en œuvre une solution MaaS, les villes doivent être équipées d’un certain nombre d’acteurs de la mobilité en plus d’une bonne infrastructure réseau. En France, les solutions émergent lentement. Depuis quelques années, la société Whim offre une solution complète dans la ville finlandaise d’Helsinki (Whim est également présent à Vienne, Antwerp, Birmingham). Tous les moyens de transport sont référencés dans l’application. Une fois l’itinéraire validé, un e-billet est distribué dans l’application sous la forme d’un QR Code qui donne accès aux différents services de mobilité. Une application qui a séduit de nombreux utilisateurs, car, s’il est possible de payer les trajets à l’unité, il est également possible de prendre un abonnement mensuel donnant un accès illimité à certains moyens de transport.

 

Une question de gouvernance

Ce qui s’est passé à Helsinki est loin d’être une généralité. Pour que ces changements aient lieu, les gouvernements doivent avoir une vision avant-gardiste sur la technologie, ce qui est déjà un défi en soi ! Il doit y avoir une confiance mutuelle entre les entreprises technologiques et les gouvernements. C’est la condition sine qua non pour maximiser le potentiel et les multiples atouts du MaaS. Mais pour réaliser les investissements nécessaires en termes d’infrastructures, il faut démontrer l’efficacité de ce système aux autorités locales et nationales. Par exemple, démontrer que si les citoyens peuvent effectuer leur trajet plus rapidement, en générant moins de pollution, en réduisant les embouteillages et en favorisant les transports en commun grâce à une seule application, il y va de l’intérêt de tous. Sans révolutionner fondamentalement les transports, le MaaS cherche à rendre tous les déplacements plus fluides et plus agréables.

 

Mieux utiliser ce qui existe déjà

Toutefois, le phénomène n’est pas nouveau. Depuis des années, les organisations privées et publiques cherchent des moyens pour encourager une plus grande utilisation des transports publics. Un des atouts intéressants du MaaS est d’intégrer les transports en commun (encore souvent délaissés par certaines classes sociales) comme un moyen de locomotion parmi d’autres. Pour aller à son travail ou au cinéma, on n’est pas obligé de prendre uniquement le métro. Il est possible d’alterner vélo, métro, marche et trottinette. C’est ici que la connectivité intervient. Pour que la partie soit gagnée, il faut que le client soit sûr que les différents modes de transport soient disponibles à l’instant T.

 

Sur le papier et technologiquement, le MaaS est fonctionnel. Il faut maintenant que les différents opérateurs s’allient et partagent leurs données pour que cette offre devienne une réalité dans les grandes métropoles.